Dépérissement progressif d’un érable sycomore ‘Leopoldii’

CARNETS DE TERRAIN · DH-2026-0001

Suivi d’une conservation temporaire et évolution de la décision de gestion

ESPÈCE

Érable sycomore panaché – Acer pseudoplatanus ‘Leopoldii’

FAMILLE

Sapindaceae

DATE DE L’OBSERVATION

27 août 2026

INTERVENTION PRÉCÉDENTE

9 mai 2025

LIEU

Propriété privée, Belgique

MILIEU

Jardin ancien arboré, à proximité immédiate d’habitations

OBSERVATEUR

Jean-Edouard Dhynes

TYPE DE FICHE

Arbre · Dépérissement · Suivi dans le temps · Décision de gestion

Résumé

Cette fiche documente l’évolution sur environ un an d’un érable sycomore panaché (Acer pseudoplatanus ‘Leopoldii’) présentant un dépérissement important et fortement dissymétrique.

En 2025, une moitié entière du houppier était déjà entièrement morte. Les principaux axes concernés avaient alors été supprimés, tandis que la partie encore vivante avait volontairement été conservée.

Cette décision n’avait pas pour objectif de restaurer durablement l’arbre, dont l’avenir apparaissait déjà compromis, mais d’en prolonger temporairement le maintien tant que la partie restante conservait une vitalité satisfaisante et continuait à remplir certaines fonctions dans le jardin.

Un an plus tard, la nette progression du dépérissement conduit à réévaluer cette décision.

Contexte et historique de l’observation

Lors de l’intervention de mai 2025, l’arbre présentait une situation particulièrement contrastée.

Une partie importante du houppier était complètement morte alors que la partie restante était encore fortement feuillée et visuellement vigoureuse.

Les axes morts ont été supprimés.

L’intervention a laissé une architecture très déséquilibrée et plusieurs coupes de dimensions importantes. Il ne s’agissait donc en aucun cas d’une taille destinée à « reformer » l’arbre ou à lui rendre une silhouette satisfaisante.

Le choix était assumé comme une mesure transitoire.

Il faut également préciser que les axes supprimés étant déjà morts, l’intervention n’a pas entraîné la disparition d’une moitié fonctionnelle du feuillage : la perte physiologique majeure avait précédé les travaux. En revanche, l’ampleur du dépérissement initial montrait déjà que l’arbre avait subi une altération grave et que ses perspectives de maintien à long terme étaient limitées.

Pourquoi ne pas l’avoir abattu immédiatement ?

La partie restante de l’arbre présentait alors encore un houppier fourni.

Sa conservation permettait de maintenir temporairement plusieurs fonctions : présence paysagère, ombrage et maintien d’un microclimat particulier.

Un autre élément a particulièrement compté dans la décision.

À proximité immédiate se trouve un hêtre pourpre (Fagus sylvatica f. purpurea) de grande qualité paysagère, qui s’est développé depuis longtemps en présence de cet érable.

Une partie du hêtre est protégée de l’ensoleillement direct par celui-ci.

La conservation temporaire de l’érable permettait donc également d’éviter une modification brutale de l’environnement lumineux du hêtre.

Evolution observée en 2026

En août 2026, un an après l’intervention, plusieurs évolutions sont nettement perceptibles.

Le houppier vivant apparaît désormais beaucoup plus clairsemé. De nombreuses extrémités de branches ne portent plus de feuillage et plusieurs zones présentent une mortalité de rameaux nettement plus importante que lors de l’observation précédente.

La transparence générale du houppier a fortement augmenté.

Les anciennes parties dépérissantes présentent également des altérations très importantes de l’écorce, avec de larges secteurs où celle-ci s’est détachée et où le bois est directement exposé.

L’ensemble donne aujourd’hui l’image d’un arbre dont la fraction fonctionnelle continue à diminuer.

Éléments directement observés

  • mortalité ancienne d’une partie majeure du houppier ;
  • suppression en 2025 des principaux axes morts ;
  • maintien d’une partie vivante alors fortement feuillée ;
  • forte dissymétrie architecturale consécutive au dépérissement ;
  • augmentation importante de la transparence du houppier en 2026 ;
  • mortalité de nouveaux rameaux et branches ;
  • présence de nombreux rameaux terminaux dénudés ;
  • altération et perte importante d’écorce sur certaines anciennes parties dépérissantes ;
  • présence immédiate d’un hêtre pourpre mature ;
  • bâtiments et espaces fréquentés à proximité de l’arbre.

Ces éléments constituent les observations. Ils ne permettent pas, à eux seuls, d’identifier la cause initiale du dépérissement.

Erable sycomore 'Leopoldii' présentant un houppier fortement dégarni, photographié en août 2026 à côté d'un hêtre pourpre.
Figure 1 – Vue générale de l’érable sycomore ‘Leopoldii’ lors de l’observation d’août 2026. Le houppier apparaît fortement dégarni et déséquilibré à la suite de la suppression des axes morts réalisée en mai 2025. Le hêtre pourpre voisin est visible à droite.

Analyse et discussion

Un dépérissement qui continue de progresser

La dégradation du houppier entre les deux observations constitue ici l’un des éléments les plus significatifs.

La densité du feuillage, la transparence du houppier et la mortalité récente des rameaux sont couramment utilisées pour apprécier visuellement l’état d’un arbre. Les travaux consacrés à l’évaluation de la vigueur montrent notamment l’intérêt du dépérissement du houppier comme indicateur de perte de vitalité.

Il faut toutefois rester prudent : une défoliation ou une forte transparence du houppier est un symptôme et non un diagnostic. La littérature relative au suivi sanitaire des forêts souligne explicitement que la défoliation est un indicateur non spécifique pouvant résulter de nombreux facteurs biotiques, abiotiques ou stationnels.

Dans le cas présent, ce n’est donc pas simplement l’aspect clairsemé du houppier qui importe, mais surtout son évolution entre deux observations espacées d’environ un an.

L’arbre ne montre pas une stabilisation après l’intervention de 2025. Le dépérissement continue au contraire de gagner la partie qui avait été conservée.

Cause du dépérissement : ce que l’on peut — et ne peut pas — conclure

Aucun diagnostic causal définitif n’est posé dans cette fiche.

Plusieurs mécanismes pourraient théoriquement intervenir : dysfonctionnement racinaire, contraintes hydriques répétées, altération vasculaire, dégradation du bois, pathogènes ou combinaison de plusieurs stress.

Mais aucune de ces hypothèses n’a été démontrée ici.

Aucun examen racinaire approfondi, analyse de bois, investigation instrumentale ou diagnostic phytopathologique spécifique n’a été réalisé dans le cadre de cette observation.

Il serait donc incorrect d’attribuer le dépérissement à une maladie ou à un champignon précis sur la seule base des photographies et de l’aspect général de l’arbre.

Le diagnostic étiologique demeure indéterminé.

Cela n’empêche cependant pas de prendre une décision de gestion lorsque l’évolution fonctionnelle et structurelle de l’arbre devient suffisamment défavorable.

Conservation et sécurité : deux questions différentes

L’état actuel de l’arbre pose désormais la question de son maintien.

Il faut néanmoins distinguer dépérissement et niveau de risque.

Un arbre très dépérissant n’est pas automatiquement un arbre présentant un risque élevé, de même qu’un arbre apparemment vigoureux peut présenter un défaut mécanique important.

Dans une évaluation formalisée du risque, il faut notamment considérer la probabilité de rupture d’une partie donnée, la probabilité qu’elle atteigne une cible et les conséquences potentielles de cet impact. C’est notamment la logique utilisée dans les méthodes de l’International Society of Arboriculture.

Aucune cotation formelle du risque n’est donc attribuée dans cette fiche.

En revanche, la progression du bois mort, la dégradation de plusieurs parties aériennes, l’importante dissymétrie de l’arbre et la présence d’espaces occupés à proximité justifient désormais de ne plus envisager son maintien comme une solution durable.

La décision de gestion bascule.

Interprétation de la décision prise en 2025

Avec le recul d’un an, le choix de conserver temporairement l’arbre n’apparaît pas contradictoire avec la décision actuelle de l’abattre.

C’est précisément l’intérêt de ce suivi.

En 2025, la partie restante du houppier était encore largement fonctionnelle. L’arbre conservait un intérêt tangible et son maintien pouvait encore être défendu, moyennant surveillance.

En 2026, les mêmes arguments ne conduisent plus nécessairement à la même conclusion.

Le bénéfice lié au maintien diminue à mesure que disparaît le houppier fonctionnel tandis que les contraintes associées aux parties mortes et dégradées augmentent.

Une décision de gestion arborée doit donc pouvoir évoluer avec l’arbre.

La conservation n’est pas nécessairement synonyme de maintien indéfini.

Elle peut aussi consister à accepter une période supplémentaire de vie, à surveiller son évolution et à intervenir lorsque les conditions qui avaient permis cette conservation ne sont plus réunies.

Interaction avec le hêtre pourpre voisin

La disparition prochaine de l’érable pose une seconde question qui mérite d’être documentée.

Le hêtre pourpre voisin s’est développé pendant de nombreuses années dans un environnement où l’érable interceptait une partie du rayonnement solaire.

L’hypothèse selon laquelle cette protection possède une importance pour le hêtre est biologiquement cohérente, mais elle n’a pas été mesurée sur ce site.

La littérature apporte néanmoins un élément intéressant : Fagus sylvatica possède une écorce relativement sensible à l’exposition solaire brutale. Des travaux européens ont notamment associé l’exposition soudaine du tronc à un rayonnement intense à des lésions de type brûlure solaire et à une plus grande vulnérabilité de certains hêtres affaiblis. Les auteurs recommandent d’éviter, lorsque cela est possible, les changements très brusques d’exposition du tronc.

La suppression de l’érable ne signifie donc pas simplement la disparition d’un arbre.

Elle modifiera également l’environnement d’un second arbre.

Après l’abattage, le hêtre devra faire l’objet d’une surveillance particulière, notamment sur les parties du tronc et du houppier nouvellement exposées.

Décision de gestion retenue

Au vu de l’évolution constatée entre 2025 et 2026, le maintien à moyen terme de l’érable n’est plus retenu.

Un abattage à court terme est envisagé, avant que la poursuite du dépérissement ne réduise davantage la maîtrise de l’intervention et n’augmente les contraintes liées aux parties mortes.

Cette décision repose avant tout sur :

  1. la progression rapide du dépérissement ;
  2. la diminution importante du houppier fonctionnel ;
  3. la multiplication des parties mortes ;
  4. la dégradation visible de certaines structures ;
  5. le faible potentiel désormais attendu d’une nouvelle conservation prolongée ;
  6. le contexte d’un jardin occupé et la présence d’éléments à proximité.

Elle ne constitue pas pour autant un diagnostic sur la cause initiale du dépérissement.

Limites de l’observation

Cette fiche repose sur l’observation visuelle de l’arbre, la connaissance de son évolution récente et la comparaison avec son état lors de l’intervention précédente.

Elle ne comprend pas :

  • d’examen détaillé du système racinaire ;
  • de mesure instrumentale de la qualité mécanique du bois ;
  • de tomographie ou de forage instrumenté ;
  • d’analyse phytopathologique ;
  • de quantification normalisée de la défoliation ;
  • de cotation formelle du risque suivant une méthode telle que TRAQ ou QTRA.

Les conclusions doivent donc être comprises dans ce cadre.

L’objectif de cette fiche n’est pas d’établir rétrospectivement la cause exacte du dépérissement, mais de documenter son évolution et la manière dont cette évolution modifie une décision de gestion.

Suivi prévu

L’intérêt documentaire de ce cas ne s’arrêtera pas à l’abattage.

Il serait particulièrement intéressant de compléter cette fiche par :

l’observation du bois lors de l’abattage, afin de rechercher d’éventuelles altérations internes visibles ; puis le suivi du hêtre pourpre voisin au cours des années suivantes afin d’observer sa réaction à la modification de son environnement.

Si nous réalisons ces observations, elles devront être ajoutées à cette fiche plutôt que de la laisser figée.

C’est exactement ce qui donnera leur intérêt aux Carnets : documenter non seulement un état, mais lorsque c’est possible une évolution.

Espèce associée

Hêtre pourpre — Fagus sylvatica f. purpurea

Famille : Fagaceae

Intérêt dans cette observation : arbre mature situé à proximité immédiate, jusqu’ici partiellement protégé du rayonnement solaire par le houppier de l’érable.

Identification botanique

Le cultivar ‘Leopoldii’ se caractérise notamment par un feuillage devenant vert avec des marbrures jaunes et blanches.

Fait assez intéressant pour cette première fiche belge : il s’agit d’une sélection d’origine belge, nommée en l’honneur de Léopold Ier au XIXᵉ siècle.

Mots-clés

Érable sycomore · Acer pseudoplatanus · Leopoldii · dépérissement · mortalité de houppier · bois mort · diagnostic arboricole · gestion des arbres · conservation temporaire · sécurité des arbres · hêtre pourpre · suivi arboricole

Références

Bussotti, F. et al. (2024). Tree crown defoliation in forest monitoring: concepts, findings, and new perspectives for a physiological approach in the face of climate change. Forestry, 97(2), 194–212. DOI 10.1093/forestry/cpad066.

Brück-Dyckhoff, C., Petercord, R. & Schopf, R. (2019). Vitality loss of European beech (Fagus sylvatica L.) and infestation by the European beech splendour beetle (Agrilus viridis L., Buprestidae, Coleoptera). Forest Ecology and Management, 432, 150–156. DOI 10.1016/j.foreco.2018.09.001.

International Society of Arboriculture. Basic Tree Risk Assessment Form et documentation associée.

Trees and Shrubs Online. Acer pseudoplatanus ‘Leopoldii’.

FICHE OUVERTE — SUIVI À POURSUIVRE

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