Ganoderma sur un hêtre partiellement creux
CARNETS DE TERRAIN · DH-2026-0004
Observation d’un carpophore, lecture biomécanique du tronc et gestion proportionnée du risque
ESPÈCE HÔTE
Hêtre commun — Fagus sylvatica L.
CHAMPIGNON OBSERVÉ
Ganoderma sp. — identification limitée au genre
ORGANE CONCERNÉ
Tronc principal ; présence d’une cavité / d’un secteur partiellement creux
DATE DE L’OBSERVATION
27 février 2026
LIEU
Site arboré fréquenté, Mont-de-l’Enclus, Belgique — localisation précise non publiée
CONTEXTE
Zone située sous la couronne régulièrement fréquentée
MESURE INITIALE
Délimitation d’un périmètre de sécurité sous la couronne, ajusté à la fréquentation
OBSERVATEUR
Jean-Edouard Dhynes
TYPE DE FICHE
Arbre / Champignon lignivore / Cavité / Biomécanique / Gestion du risque / Suivi
Résumé
Cette fiche documente l’observation, sur un hêtre commun (Fagus sylvatica), d’un carpophore attribué au genre Ganoderma sur le tronc principal, associé à la présence d’une cavité et d’un tronc partiellement creux.
La présence d’un Ganoderma signale une activité de dégradation du bois, mais ne permet ni de déterminer à elle seule l’espèce du champignon, ni de quantifier l’étendue de l’altération interne, ni de conclure automatiquement à un risque de rupture élevé. La cavité apporte une information structurelle supplémentaire : une partie du bois central n’est plus présente ou n’est plus mécaniquement fonctionnelle, tandis que la géométrie et la qualité de la paroi résiduelle restent à caractériser.
La question de terrain devient donc biomécanique : quelle structure de bois sain assure encore la transmission des charges, avec quelle géométrie, et dans quelles conditions de sollicitation ? Le ratio t/R peut contribuer à décrire une section creuse, mais il ne doit pas être utilisé comme seuil universel de sécurité.
Dans l’attente d’une caractérisation plus poussée, une première mesure proportionnée a consisté à réduire l’exposition des cibles par la délimitation d’un périmètre sous la couronne. Cette décision illustre un principe central de la gestion du risque arboré : la présence d’un champignon lignivore appelle une analyse structurée, pas une conclusion automatique.
Contexte de l’observation
Le hêtre se trouve dans un environnement où des personnes peuvent circuler ou séjourner sous la couronne. La présence d’un carpophore sur le tronc principal a donc été considérée non seulement comme une observation mycologique, mais comme un indice devant déclencher une lecture structurée de l’arbre et de son environnement.
L’examen visuel a également mis en évidence une cavité, ou à tout le moins une perte de matière interne suffisamment importante pour qualifier le tronc de partiellement creux. Cette information modifie la question posée : il ne s’agit plus seulement d’identifier un champignon, mais d’apprécier la capacité mécanique de la section résiduelle et le risque réellement imposé aux usagers du site.
| L’identification du champignon décrit le processus biologique. La décision de gestion dépend ensuite de la structure restante, des charges appliquées et de l’exposition des cibles. |
Observations de terrain
Éléments directement observés
- hêtre commun mature — Fagus sylvatica L. ;
- carpophore de polypore attribué au genre Ganoderma sur le tronc principal ;
- identification limitée au genre : aucune détermination spécifique retenue dans cette fiche ;
- présence d’une cavité / d’un volume central partiellement évidé dans le tronc ;
- perte visible de matière ligneuse au niveau de la section concernée ;
- présence de cibles humaines potentielles dans la zone située sous la couronne ;
- mise en place d’un périmètre de sécurité afin de réduire temporairement l’exposition sous l’arbre.
Ces observations sont distinctes des interprétations mécaniques. La photographie d’un carpophore ou d’une cavité ne permet pas, à elle seule, d’attribuer un niveau de risque ni une probabilité de rupture.

Identification mycologique : ce que l’on sait et ce que l’on ne sait pas
Le carpophore est attribué au genre Ganoderma. Ce niveau d’identification est suffisant pour établir la présence d’un champignon lignivore de pourriture blanche, mais il ne permet pas de déduire avec précision son comportement sur cet arbre. Les espèces du genre Ganoderma diffèrent notamment par leur agressivité, leur localisation préférentielle et leur mode de progression dans les tissus.
Chez le hêtre, des travaux expérimentaux ont montré que certaines espèces de Ganoderma peuvent franchir des zones de réaction dans le bois et poursuivre leur progression dans des tissus que l’arbre avait chimiquement modifiés pour limiter la colonisation (Schwarze & Baum, 2000). Cette capacité constitue un élément biologique important, mais elle ne permet toujours pas de prévoir l’étendue de la dégradation sur un individu particulier.
Les Ganoderma sont des agents de pourriture blanche. Selon l’espèce, le stade de dégradation et le tissu concerné, la décomposition peut présenter une dégradation préférentielle de la lignine ou une attaque plus simultanée des principaux constituants de la paroi cellulaire. À mesure que la dégradation avance, les propriétés mécaniques du bois diminuent, mais cette perte ne peut pas être quantifiée à partir du seul carpophore.
| Le carpophore prouve l’existence d’une activité fongique liée au bois ; il ne donne ni la carte de la cavité, ni l’épaisseur du bois sain, ni la résistance mécanique restante. |
Le carpophore permet-il de dater la dégradation ?
La fructification constitue la phase reproductive visible d’un organisme dont le mycélium se développe dans le bois. Une colonisation peut donc être présente avant l’apparition d’un carpophore. En revanche, l’âge du carpophore ou sa taille ne permettent pas, à eux seuls, de dater précisément le début de l’infection ni de quantifier le volume de bois dégradé.
Pour la gestion de l’arbre, l’observation du carpophore doit donc être considérée comme un signal diagnostique important appelant un examen de la structure, et non comme une mesure de l’avancement mécanique de la pourriture.
La cavité : un défaut réel, mais pas une conclusion
La présence d’une cavité atteste qu’une partie du volume ligneux de la section n’assure plus sa fonction mécanique initiale. Dans ce cas, la perte de matière centrale est compatible avec une dégradation ancienne du bois, mais la relation exacte entre le Ganoderma observé et toute la géométrie de la cavité n’a pas été démontrée dans le cadre de cette observation.
Un tronc creux ne doit pas être assimilé automatiquement à un tronc sur le point de rompre. En flexion, une partie importante des contraintes se concentre vers la périphérie de la section ; la conservation d’une coque périphérique de bois sain peut donc permettre à certains arbres creux de rester durablement fonctionnels. À l’inverse, une paroi résiduelle épaisse peut être insuffisante si elle est fortement dégradée, fissurée, ouverte ou soumise à des charges défavorables.
L’analyse doit donc s’intéresser simultanément à la quantité de bois restant, à sa qualité, à sa continuité autour de la section, à la longueur de la zone creuse, aux ouvertures de cavité, aux fissures, à l’architecture du houppier et aux charges de vent susceptibles d’être transmises au tronc.
Le ratio t/R : un indicateur à utiliser avec prudence
Le rapport t/R est un indicateur géométrique historique utilisé dans l’analyse des troncs creux. t représente l’épaisseur de paroi résiduelle de bois mécaniquement fonctionnel et R le rayon externe local du tronc. Les travaux de Mattheck, Bethge & Erb (1993) ont popularisé une valeur voisine de 0,3 comme critère associé à la résistance de sections creuses.
Cette valeur ne doit cependant pas être traitée comme une frontière universelle séparant un arbre « sûr » d’un arbre « dangereux ». Des critiques théoriques et biomécaniques ont montré qu’un seuil unique ne peut intégrer la géométrie réelle de la section, la longueur du vide, l’anisotropie du bois, les ouvertures de cavité, la qualité de la paroi, les fissures ou encore l’intensité des charges appliquées (Gruber, 2008 ; Spatz & Niklas, 2013).
| t/R peut décrire une géométrie ; il ne remplace pas une analyse mécanique complète et ne constitue pas, isolément, une règle de décision. |
Dans le cas présent, aucune valeur t/R n’est publiée dans cette fiche : aucune série de mesures suffisamment complète de la paroi résiduelle n’a été réalisée pour permettre un calcul représentatif. Une seule mesure locale serait d’ailleurs insuffisante si la cavité est excentrée ou si l’épaisseur de paroi varie fortement autour de la section.
Mesures qui permettraient d’aller plus loin
- mesurer le diamètre ou le rayon externe au niveau exact de la cavité ;
- documenter l’ouverture de la cavité et son orientation ;
- sonder ou mesurer la paroi résiduelle en plusieurs points, et pas uniquement au point le plus accessible ;
- rechercher fissures, décollements, anciennes blessures et zones de bois altéré ;
- si la question mécanique le justifie, utiliser un forage instrumenté ou une tomographie sonique pour mieux localiser les zones de bois de propriétés différentes ;
- mettre les résultats en relation avec la géométrie du houppier, les bras de levier et l’exposition au vent.
Du défaut au risque : replacer l’arbre dans son contexte
La présence d’un Ganoderma, d’une cavité ou d’une faible paroi résiduelle décrit un danger potentiel : une partie de l’arbre pourrait perdre sa capacité à résister aux charges. Le risque, lui, dépend également de la possibilité qu’une cible soit présente et des conséquences d’un impact.
Le Quantified Tree Risk Assessment (QTRA) formalise cette logique à partir de trois composantes : l’exposition de la cible (Target), la taille de la partie susceptible de tomber (Size) et la probabilité de défaillance (Probability of Failure). Leur combinaison conduit à une estimation du risque de dommage significatif. La présente fiche n’attribue toutefois aucune valeur QTRA formelle et ne prétend pas constituer une cotation réalisée selon le protocole complet.
Dans ce cas, la fréquentation de la zone sous la couronne est un élément central. Une mesure simple a donc consisté à délimiter temporairement un périmètre de sécurité. Cette action agit directement sur l’exposition des cibles : elle peut diminuer le risque pendant la phase d’investigation sans imposer immédiatement une taille lourde ou l’abattage de l’arbre.
| La première mesure de réduction du risque n’est pas toujours une intervention sur l’arbre. Modifier l’exposition des personnes peut être une réponse immédiate, proportionnée et réversible. |
Décision de gestion retenue à ce stade
La présence du Ganoderma et de la cavité justifie une investigation structurée. Elle ne suffit pas, à elle seule, à conclure que l’arbre doit être abattu.
À ce stade, la stratégie retenue repose sur quatre principes :
- maintenir une restriction d’accès adaptée dans la zone potentiellement concernée par une rupture tant que l’incertitude mécanique demeure ;
- documenter plus précisément la cavité et la paroi résiduelle avant toute conclusion définitive ;
- intégrer à l’analyse la structure du houppier, les charges potentielles et la fréquentation réelle du site ;
- réévaluer les options de gestion à partir des mesures obtenues, en recherchant la solution la plus proportionnée au niveau de risque établi.
Selon les résultats, les options peuvent aller du maintien avec surveillance et gestion des cibles à une réduction ciblée des charges, une investigation instrumentale complémentaire ou, si le risque ne peut raisonnablement être maîtrisé autrement, une suppression de l’arbre. Cette fiche ne préjuge pas de l’issue avant ces étapes.
Limites de l’observation
Cette fiche repose sur une observation visuelle du carpophore, de la cavité et du contexte de fréquentation. Elle ne comprend pas :
- d’identification spécifique du Ganoderma par examen complet des caractères macroscopiques, microscopiques ou moléculaires ;
- de cartographie complète de la cavité ;
- de mesure publiée de l’épaisseur de paroi résiduelle sur l’ensemble de la circonférence ;
- de calcul t/R représentatif de la section ;
- de tomographie sonique ou électrique ;
- de forage instrumenté ;
- d’analyse quantitative des charges de vent ou de l’architecture du houppier ;
- de cotation formelle QTRA ou TRAQ ;
- d’investigation détaillée du collet et du système racinaire.
Les conclusions doivent donc rester proportionnées à ces données. L’objectif de la fiche est de documenter le raisonnement entre l’indice biologique, le défaut structurel visible et la gestion provisoire du risque — non de produire une expertise mécanique définitive à partir d’une observation photographique.
Suivi prévu
Cette fiche est volontairement ouverte. Elle devra être complétée si de nouvelles mesures ou photographies deviennent disponibles.
- photographier le carpophore de face, de profil et par-dessous, avec détail de la surface fertile ;
- mesurer la géométrie de la cavité et les diamètres du tronc au même niveau ;
- documenter la paroi résiduelle en plusieurs points ;
- réaliser, si nécessaire, une investigation instrumentale ciblée ;
- consigner toute évolution du carpophore, de la cavité, des fissures ou du houppier ;
- réévaluer périodiquement la fréquentation de la zone et la pertinence du périmètre de sécurité ;
- ajouter à la fiche la décision de gestion définitive et les éléments qui l’auront motivée.
| L’intérêt du suivi sera de comparer l’impression visuelle initiale aux mesures réelles et de documenter comment la décision évolue avec l’information disponible. |
Mots-clés
Hêtre commun · Fagus sylvatica · Ganoderma · Ganoderma sp. · pourriture blanche · champignon lignivore · cavité · tronc creux · paroi résiduelle · t/R · biomécanique arboricole · diagnostic arboricole · QTRA · gestion du risque · périmètre de sécurité · suivi arboricole
Références
Schwarze, F. W. M. R. & Baum, S. (2000). Mechanisms of reaction zone penetration by decay fungi in wood of beech (Fagus sylvatica). New Phytologist, 146(1), 129–140. DOI : 10.1046/j.1469-8137.2000.00624.x.
Mattheck, C., Bethge, K. & Erb, D. (1993). Failure criteria for trees. Arboricultural Journal, 17(2), 201–209. DOI : 10.1080/03071375.1993.9746963.
Gruber, F. (2008). Untenable failure criteria for trees: I. The residual wall thickness rule. Arboricultural Journal, 31(1), 5–18. DOI : 10.1080/03071375.2008.9747514.
Spatz, H.-C. & Niklas, K. J. (2013). Modes of failure in tubular plant organs. American Journal of Botany, 100(2), 332–336. DOI : 10.3732/ajb.1200454.
Quantified Tree Risk Assessment Ltd. (2026). Quantified Tree Risk Assessment Practice Note, Version 5.4 — European Union / English. https://qtra.co.uk/practice-notes/
University of Florida IFAS Extension. The Laccate Ganoderma of the Southeastern United States: A Cosmopolitan and Important Genus of Wood Decay Fungi (PP333). Référence technique générale sur le genre Ganoderma et l’interprétation des fructifications. https://ask.ifas.ufl.edu/publication/PP333.
FICHE OUVERTE — SUIVI À POURSUIVRE
© Jean-Edouard Dhynes — Carnets de terrain — jedhynes.com
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