Avelgemse Scheldemeersen – Lecture de terrain d’un secteur humide
CARNETS DE TERRAIN · DH-2026-0003
Microtopographie, gestion par fauche et permanence des signatures hydrologiques dans le paysage
SITE
Avelgemse Scheldemeersen — Avelgem, Flandre occidentale, Belgique
DATE DE L’OBSERVATION
Avril/mai 2026
ACTIVITÉ
Travaux de gestion : chargement et évacuation de végétation fauchée
MILIEU
Prairie humide alluviale, secteurs de roselières et réseau de zones plus ou moins engorgées
OBSERVATION FAUNISTIQUE NOTABLE
Busard des roseaux mâle — Circus aeruginosus
OBSERVATEUR
Jean-Edouard Dhynes
TYPE DE FICHE
Site naturel / Zone humide / Hydrologie / Prairie de fauche / Gestion écologique / Ecologie du paysage / Avifaune
Résumé
Cette fiche documente quelques heures de travail de gestion dans un secteur humide des Avelgemse Scheldemeersen, à Avelgem. L’intervention consistait notamment à charger et évacuer de la végétation préalablement fauchée dans une prairie dont le sol restait fortement saturé en eau malgré plusieurs jours de temps sec.
Au cours des déplacements dans le secteur, plusieurs éléments du paysage sont devenus particulièrement lisibles : anciennes dépressions du terrain, différences de rétention d’eau entre secteurs, alignements de saules suivant certaines zones basses et contrastes entre parties encore très humides et secteurs paraissant davantage se fermer ou s’assécher.
Des personnes connaissant les lieux depuis longtemps rapportaient par ailleurs que les Scheldemeersen étaient autrefois sensiblement plus humides. Cette information orale est intéressante pour orienter les observations, mais elle ne constitue pas à elle seule une démonstration d’un assèchement hydrologique à long terme.
En fin de matinée, un Busard des roseaux mâle (Circus aeruginosus) a survolé lentement les roselières et prairies ouvertes. L’observation est cohérente avec le caractère de mosaïque humide du site, sans permettre de conclure à un comportement reproducteur ou à une utilisation permanente du secteur.
Contexte du site
Les Avelgemse Scheldemeersen occupent une partie de la plaine alluviale de l’Escaut. Leur fonctionnement actuel résulte à la fois de l’histoire géomorphologique de la vallée, des transformations du cours du fleuve, des aménagements hydrauliques et des modes de gestion successifs.
Une synthèse locale consacrée à la formation du paysage et à l’hydrologie des Scheldemeersen décrit une vallée alluviale structurée par des différences très faibles d’altitude mais écologiquement déterminantes. Les zones les plus basses — les anciennes « komgronden » ou cuvettes de la plaine — comprennent encore des prairies humides alimentées en partie par les eaux souterraines et parcourues par un réseau de fossés et de petits chenaux de drainage. À l’inverse, certains secteurs plus élevés ou remblayés présentent aujourd’hui des conditions plus sèches (Baert, 2023).
La rectification et l’endiguement de l’Escaut ont également réduit le contact dynamique entre le fleuve et son ancienne plaine d’inondation. Plusieurs anciens méandres coupés, les « coupures », témoignent encore de cette histoire. Les projets de restauration menés à Avelgem visent notamment à restaurer le caractère de meersen, à améliorer la qualité des milieux humides et à favoriser le retour de prairies humides et fleuries (VLM / Blauwe Ruimte).
| Le paysage actuel n’est donc ni un milieu « naturel » figé, ni une simple prairie : il est le résultat d’une histoire fluviale, agricole et hydraulique dont les traces restent visibles dans la topographie et la végétation. |

Travail de gestion observé
L’activité réalisée lors de cette sortie consistait à charger et évacuer la végétation issue d’une fauche. Cette opération peut sembler très simple, mais elle constitue un élément important de la gestion des prairies humides semi-naturelles.
La fauche permet de maintenir un milieu ouvert et de limiter la progression de végétations hautes ou ligneuses lorsque l’objectif de gestion est la conservation d’une prairie. L’exportation de la biomasse est également importante : elle évite qu’une partie importante des éléments nutritifs contenus dans la végétation coupée soit immédiatement restituée au sol.
Des suivis à long terme réalisés dans des prairies et bas-marais européens montrent que la fauche accompagnée de l’enlèvement du foin peut réduire la domination des grandes espèces compétitives et favoriser une augmentation de la richesse végétale. Ces effets restent cependant étroitement dépendants du régime hydrologique : la gestion de la végétation ne peut compenser à elle seule une hydrologie devenue défavorable (Kołos & Banaszuk, 2013 ; Sand-Jensen et al., 2019).
| Dans une prairie humide, la gestion de la végétation et la gestion de l’eau ne peuvent pas être raisonnées indépendamment. |
Observation de terrain
À mesure que le travail avançait et que les déplacements se répétaient dans la prairie, plusieurs différences à très petite échelle devenaient perceptibles.
Éléments directement observés
- sol fortement humide à saturé dans une partie importante du secteur malgré plusieurs jours de temps sec ;
- présence de dépressions ou zones légèrement plus basses dans la prairie ;
- contrastes nets entre secteurs retenant encore l’eau et zones paraissant plus ressuyées ;
- alignements de saules (Salix spp.) suivant certaines portions particulièrement humides ou déprimées ;
- présence de roselières à proximité des prairies ouvertes ;
- secteurs dont la végétation paraît plus dense ou plus fermée que dans les parties maintenues ouvertes ;
- végétation fauchée collectée puis exportée du secteur ;
- survol en fin de matinée d’un Busard des roseaux mâle (Circus aeruginosus) au-dessus des roselières et prairies.
| Ces observations décrivent l’état visible du site lors d’une sortie. Elles ne constituent pas une mesure du niveau de la nappe, de l’évolution pluriannuelle de l’humidité ou de la vitesse d’assèchement du milieu. |
Analyse et discussion
Une microtopographie qui reste écologiquement déterminante
Dans une plaine alluviale très peu pentue, quelques dizaines de centimètres de différence d’altitude peuvent suffire à modifier fortement la durée d’engorgement d’un sol, la profondeur de la nappe et la végétation qui peut s’y installer.
La présence de petites dépressions, de secteurs durablement humides et d’un réseau de fossés correspond bien à la description hydrologique publiée pour les Avelgemse Scheldemeersen : les zones profondes de la vallée y sont décrites comme des prairies humides, localement alimentées par des eaux de nappe ou de suintement, tandis que les secteurs plus hauts ou remblayés présentent des prairies plus sèches (Baert, 2023).
L’observation de terrain ne permet cependant pas d’attribuer chaque dépression visible à un ancien chenal, à un fossé comblé ou à un processus fluvial précis. Une telle interprétation nécessiterait de confronter la topographie actuelle aux cartes anciennes, aux modèles numériques de terrain et à l’histoire des aménagements.
Un sol encore saturé après plusieurs jours secs
Le maintien d’un sol très humide après plusieurs jours sans pluie est un indice intéressant. Il peut traduire une nappe proche de la surface, une alimentation latérale ou souterraine, une faible capacité de drainage, la présence de sols alluviaux peu perméables ou la combinaison de plusieurs de ces facteurs.
Il serait toutefois excessif d’en déduire le fonctionnement hydrologique exact à partir de cette seule observation. Pour distinguer eau de pluie résiduelle, nappe haute, remontée capillaire ou apport de suintement, des mesures répétées de niveau d’eau et une connaissance plus précise des sols seraient nécessaires.
Les alignements de saules : des indices, pas des preuves
Les lignes de saules observées dans certaines parties basses attirent naturellement l’attention. Les saules sont fréquemment associés à des sols humides et aux marges de fossés ou de zones inondables ; leur présence peut donc contribuer à rendre lisible la structure hydrologique d’un paysage.
Mais une ligne d’arbres peut aussi correspondre à une ancienne limite de parcelle, à une plantation, à un fossé de drainage ou à une succession spontanée favorisée par une perturbation locale. Dans cette fiche, les saules sont donc considérés comme un indice à confronter à d’autres informations, et non comme une preuve autonome d’un ancien écoulement ou d’un niveau d’eau particulier.
Le site est-il en train de s’assécher ?
La question est légitime, notamment parce que plusieurs habitués du secteur rapportent que les Scheldemeersen étaient autrefois beaucoup plus humides et que certaines parties du paysage donnent aujourd’hui une impression de fermeture ou de ressuyage progressif.
Un élément historique est établi : la canalisation de l’Escaut et la création d’un fleuve endigué ont interrompu une grande partie des échanges naturels entre la rivière et sa plaine d’inondation (Baert, 2023). Cela a nécessairement modifié le fonctionnement de la vallée.
En revanche, la sortie décrite ici ne permet pas de démontrer une baisse récente ou continue du niveau d’eau. L’impression d’assèchement peut être influencée par la saison, les conditions météorologiques des mois précédents, l’entretien des fossés, la dynamique de la végétation ou des changements de gestion. Le témoignage de personnes connaissant le site depuis longtemps constitue une information précieuse, mais qui devrait être confrontée à des séries hydrologiques, des photographies anciennes ou des relevés de végétation.
| Hypothèse de travail : certains secteurs pourraient connaître une évolution hydrologique ou une fermeture progressive. Cette hypothèse mérite un suivi, mais elle n’est pas démontrée par cette seule observation. |
Le Busard des roseaux dans cette mosaïque
Le passage d’un Busard des roseaux mâle en fin de matinée constitue l’observation faunistique la plus marquante de la sortie.
L’espèce est fortement associée aux milieux humides, notamment aux roselières pour le repos et la reproduction, tout en utilisant largement les espaces ouverts environnants comme territoires de chasse. Des travaux réalisés dans des mosaïques agricoles et humides montrent l’importance conjointe des roselières et des milieux ouverts dans l’utilisation du paysage par Circus aeruginosus (Alves et al., 2014).
Le comportement observé — un vol lent au-dessus des roselières et prairies — est donc cohérent avec l’écologie connue de l’espèce. Une observation isolée ne permet toutefois pas de conclure à une reproduction sur le site, ni même à une fréquentation régulière du secteur précis documenté ici.
Lecture paysagère : arbres, eau, sols et milieux ouverts
Cette sortie illustre surtout l’intérêt d’une lecture du paysage qui ne sépare pas artificiellement ses composantes.
La topographie influence la circulation et la persistance de l’eau. L’eau détermine en partie les conditions du sol. Le sol et la durée d’engorgement sélectionnent certaines communautés végétales. La gestion par fauche ou pâturage agit ensuite sur la structure de cette végétation et sur la vitesse de fermeture du milieu. Les arbres et arbustes, enfin, peuvent à la fois révéler certaines conditions stationnelles et modifier progressivement le microclimat et l’ouverture du paysage.
Les oiseaux utilisent à leur tour cette mosaïque de roselières, prairies, fossés, arbres et zones d’eau selon leurs besoins alimentaires, de repos ou de reproduction.
| « Le paysage garde la mémoire de l’eau » est ici une formule de terrain : ce que l’on lit réellement, ce sont des traces de relief, de végétation et d’aménagements qui doivent être confrontées à l’histoire et à l’hydrologie du site. |
Implications pour le suivi du site
Cette observation ne conduit pas à une recommandation de gestion nouvelle : le secteur est déjà géré par des acteurs qui disposent d’une connaissance historique et technique du site. Elle met en revanche en évidence plusieurs éléments intéressants à documenter dans le temps.
- photographier régulièrement les mêmes secteurs depuis des points fixes afin de suivre la fermeture de la végétation et la physionomie des prairies ;
- cartographier les dépressions, fossés, alignements de saules et zones restant longtemps saturées ;
- mettre en relation ces observations avec les dates de fauche, d’exportation de biomasse et, le cas échéant, de pâturage ;
- comparer les impressions de terrain aux cartes historiques, photographies aériennes et données topographiques disponibles ;
- si les gestionnaires le jugent utile, confronter les observations à des mesures hydrologiques répétées plutôt qu’à des impressions saisonnières ;
- poursuivre les relevés d’avifaune et de flore afin de relier l’évolution du paysage à celle des espèces qui l’utilisent.
Limites de l’observation
Cette fiche repose sur une sortie de terrain réalisée dans le cadre de travaux de gestion et non sur un protocole hydrologique ou botanique standardisé.
- absence de mesure de la hauteur de nappe ou de la teneur en eau du sol ;
- absence de relevé altimétrique précis des dépressions ;
- absence de détermination botanique complète de la prairie et des saules ;
- absence de comparaison quantitative avec des données anciennes ;
- informations sur l’humidité historique du secteur provenant en partie de témoignages oraux ;
- observation unique du Busard des roseaux, sans recherche de comportement territorial ou reproducteur.
Les conclusions doivent donc être comprises comme une lecture de terrain argumentée, destinée à organiser les questions et les futurs suivis, et non comme un diagnostic hydrologique complet du secteur.
Mots-clés
Avelgemse Scheldemeersen · Escaut · zone humide · prairie humide · prairie de fauche · hydrologie · microtopographie · sol alluvial · saules · Salix · gestion écologique · exportation de biomasse · fermeture du milieu · Busard des roseaux · Circus aeruginosus · écologie du paysage
Références
Baert, S. (2023). Landschapsvorming, hydrologie en natuurwaarden in de Avelgemse Scheldemeersen. VMx vzw, 24 mai 2023. Synthèse d’une sortie de terrain consacrée à la géomorphologie et à l’hydrologie du site. https://www.vmx.be/nl/milieunieuws2/nieuwsbericht/2023/05/24/Landschapsvorming-hydrologie-en-natuurwaarden-in-de-Avelgemse-Scheldemeersen
Vlaamse Landmaatschappij / Blauwe Ruimte. Natuurinrichtingsproject Scheldemeersen – Avelgem. Présentation du projet de restauration des meersen, des anciens méandres et des prairies humides. https://www.blauweruimte.eu/project/natuurinrichtingsproject-scheldemeersen-avelgem
Kołos, A. & Banaszuk, P. (2013). Mowing as a tool for wet meadows restoration: Effect of long-term management on species richness and composition of sedge-dominated wetland. Ecological Engineering, 55, 23–28. DOI : 10.1016/j.ecoleng.2013.02.008.
Sand-Jensen, K., Jørgensen, H. & Larsen, J. R. (2019). Long-term influence of hay-cutting on plant species richness, biodiversity and soil fertility in a Danish fen. Ecological Engineering, 134, 93–100. DOI : 10.1016/j.ecoleng.2019.05.009.
Alves, M., Ferreira, J. P., Torres, I., Fonseca, C. & Matos, M. (2014). Habitat use and selection of the marsh harrier Circus aeruginosus in an agricultural-wetland mosaic. Ardeola, 61(2), 351–366. DOI : 10.13157/arla.61.2.2014.351.
FICHE OUVERTE — SUIVI À POURSUIVRE
© Jean-Edouard Dhynes — Carnets de terrain — jedhynes.com
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